S’autoriser à ne pas faire d’efforts

S’autoriser à ne pas faire d’efforts

L’apprentissage de l’effort est fondamental pour chacun d’entre nous. Mais s’il peut être le moteur de nos plus grandes réussites, il peut aussi nous mener à des tendances sacrificielles dans nos relations aux autres.


Différencier don à soi et sacrifice pour les autres

Comprendre qu’il est nécessaire de s’impliquer pour obtenir ce que l’on souhaite, et d’accepter que notre quotidien soit aussi par moments jonché de contraintes, nous permet d’atteindre l’autonomie et une forme de résistance aux épreuves de la vie.

C’est aussi ce qui nous amène à sortir du comportement enfantin consistant à attendre que nos besoins soient comblés par les autres, pour devenir adultes et pleinement responsables de notre destin. C’est se donner toutes les chances de réussir en s’astreignant à des choses peut-être désagréables sur le moment, mais qui porteront des fruits sur le long terme.

Néanmoins, alors même que l’effort est à mon sens fondamental dans notre propre construction, je prône le fait qu’il est nécessaire d’apprendre à ne pas en faire à tout prix pour les autres lorsque ce qui nous est demandé devient asphyxiant ou contraire à des valeurs qui nous sont chères.

J’ai reçu tant de personnes en consultation qui avaient le coeur au bord des yeux en m’énumérant toutes ces choses qu’elles avaient l’habitude de faire pour les autres. Toutes ces fois où elles ont pris sur elles pour ne pas froisser les autres, pour se montrer plus aimables. Toutes ces colères enfouies, ces frustrations, ces torsions abdominales provoquées par le sentiment de devoir sans cesse faire semblant et s’accomoder, quitte à aller totalement à l’encontre de ses propres besoins et ressentis.

Si l’effort qui vous est demandé de faire pour vous accorder aux besoins d’une autre personne vous semble douloureux, il est peut-être temps de vous interroger sur sa nécessité d’être.

Je suis consciente de souvent aller à l’encontre de ces grands principes d’altruisme absolu. De générosité désordonnée. De déni de soi qui poussent tant de personnes à perdre leur propre identité au nom de la satisfaction générale.

Parce qu’en réalité, après plus de 14 ans au service des autres dans mon activité professionnelle à écouter, panser, soigner, conseiller et observer, une des grandes leçons que je retiens de la vie est que l’on ne peut évoluer harmonieusement dans le monde qui nous entoure si l’on ne se témoigne pas le respect que l’on mérite.

Et ceci commence par la nécessité de savoir dire JE, avant de vouloir satisfaire le TU.

De laisser à leurs délires égotiques les grands penseurs et juges qui nous entourent, toujours très prompts à nous trouver pas assez ceci ou trop cela, alors qu’ils n’incarnent en rien le comportement qu’ils attendent des autres.

Et cette notion d’effort va de pair avec celle de limites : quel est l’espace que je me donne dans le monde dans lequel j’évolue ? Quelle est la limite que me refuse à dépasser entre le compromis et le sacrifice ?

Je pense qu’au lieu de dire aux autres ce qu’ils devraient faire, on devrait leur rappeler ce à quoi ils ont droit : de ne pas se forcer à faire des choses qui leur sont douloureuses ; de ne pas fréquenter des personnes toxiques même si elles font partie de leur famille ; de ne pas sans cesse se mettre à la place des autres et leur trouver des circonstances atténuantes même s’il n’y en a pas… Nous avons tous et toutes le droit de dire simplement non et de prendre des décisions qui iront peut-être à l’encontre de ce que l’on attend de nous, mais qui nous permettront d’exister de manière plus authentique à nos propres yeux.

Arrêter de se mettre la pression

Derrière les efforts inconsidérés se trouve souvent la volonté de ne pas décevoir : une pression que l’on se met pour s’éviter la contradiction, la désapprobation.

Mais lorsque vous faites un effort qui vous coûte, n’est-ce pas un moyen de vous assurer de conserver l’amour de l’autre, son regard ? Etes-vous en fait dans un jeu d’échange affectif ?

Comme je l’ai écrit et je le rappelle, faire des efforts est normal et le goût de l’effort est un outil de dépassement de soi. Mais dès lors que nous avons le sentiment de nous renier à un niveau ou à un autre pour faire plaisir à une autre personne, un déséquilibre existe. La souffrance n’est jamais acceptable.

J’ai rencontré des personnes adultes qui “faisaient l’effort” de fréquenter des parents destructeurs par peur du rôle de mauvais enfant. Des belles-mères qui “faisaient l’effort” de supporter les comportements méprisants de leurs beaux-enfants, par peur d’être cataloguées de marâtres. Des employés qui faisaient l’effort de tolérer le caractère tyrannique de leur employeur. Mais à quel prix ?

Alors qu’est-ce qu’on fait ? On relâche la pression en ne validant que ce qui nous est acceptable émotionnellement, même si cela implique d’avoir aux yeux des autres le mauvais rôle.

On prend le temps de comprendre encore mieux nos limites, et de les accepter.

Rechercher sa récompense

Un adage dit “après l’effort, le réconfort”. Et en réalité c’est souvent l’espoir de ce réconfort qui nous permet d’aller au bout de nos actions, de tenir bon.

Je pense que cela devrait s’appliquer aussi dans le domaine relationnel. Le réconfort n’est pas matériel, mais c’est ce qui vous nourrit intérieurement et vous permet de comprendre pourquoi vous faites quelque chose, quel est le sens de votre action (car non, faire quelque chose juste parce que ça fait plaisir à l’autre n’est pas forcément gratifiant pour soi).

Et en ayant la sensation d’être profondément juste envers vous-même vous vivrez l’effort sereinement, sans avoir cette sensation du “trop”, d’être utilisé et de vous perdre.

L’équilibre, c’est de trouver un compromis qui permette à chacun de se sentir considéré et respecté.