Quitter par amour

Quitter par amour

Quitter une personne que l’on aime est un choix basé sur l’amour, celui que l’on a pour soi ou celui que l’on éprouve pour l’autre.


Bien que cela s’apparente à une contradiction, il existe des cas dans lesquels la rupture soit la seule solution malgré les sentiments qui nous unissent à l’autre.

Cela se manifeste à mon sens dans deux configurations principales : le quitter par amour pour lui ou par amour pour nous.

Je te quitte pour te permettre d’être heureux

Lorsque l’on quitte une personne dans son propre intérêt à elle, c’est soit que l’on a pris conscience qu’elle souffre d’une manière ou d’une autre au sein de la relation amoureuse, soit que cette relation l’empêche de réaliser des objectifs personnels qui sont pourtant importants pour son évolution sur du long terme.

Dans le premier cas je pense par exemple à une personne dépendante affective. Elle ne vit plus que pour vous et à travers vous, elle ne conçoit le bonheur qu’à vos côtés et n’a aucun projet personnel, elle n’est capable de prendre aucune décision si vous ne la lui suggérez pas, en somme elle a perdu toute autonomie à partir du moment où elle a commencé sa relation avec vous. Cette configuration est purement toxique, car l’un des partenaires oublie sa propre identité pour plaire à l’autre et le garder à tout prix. Il ne s’agit en fait pas d’amour, mais d’un moyen de combler ses propres failles affectives ou ses angoisses en s’accrochant à un partenaire qui a donc un rôle de pansement.

Quitter une personne dans ce cas est parfois, si elle ne souhaite pas se faire aider, la seule solution pour lui rendre son autonomie et lui permettre de se confronter à elle-même. C’est être capable de prendre en considération sa souffrance à elle, en réalisant que la relation qui vous unit est déséquilibrée, pour qu’elle puisse en tirer les leçons qui s’imposent. Certes, vous n’aurez pas la certitude que cette personne décide de se prendre en main au lieu de chercher un autre pansement émotionnel, mais vous pourrez vous regarder en face avec la conscience de ne pas avoir entretenu un schéma destructeur pour elle mais aussi pour vous, puisqu’une telle relation peut vite s’avérer être étouffante.

Dans le second cas je pense à la situation où une personne que vous aimez se retrouve à un carrefour de sa vie face auquel elle se doit de faire un choix radical, mais que votre relation l’empêche d’être réellement à l’écoute de ses envies. Prenons l’exemple de ces couples dont l’un finit par recevoir la mutation qu’il espérait tant, à l’étranger ou dans une région éloignée tandis que l’autre ne peut pas se permettre ou ne souhaite pas le suivre pour des raisons pratiques. Dans une telle configuration, la rupture est parfois le seul moyen de permettre à l’autre de vivre son rêve, ou en tout cas une étape de sa vie dont il a besoin pour accéder à d’autres potentialités.

Dans ces deux cas, la rupture est en fait un geste altruiste et la preuve d’un amour profond : je t’aime de manière si inconditionnelle que je suis capable aujourd’hui de mettre un terme à notre relation afin que tu puisses t’épanouir pleinement et vivre les nouvelles étapes qui s’offrent à toi. Je suis prêt(e) à me confronter à la douleur de ton absence car c’est ce qui est le mieux pour toi mais aussi pour moi, car je ne veux pas entretenir une relation déséquilibrée ou vivre avec le sentiment de t’avoir empêché de faire des choses dont tu avais vraiment envie, d’être à l’écoute de tes propres désirs profonds.

Je te quitte pour mon propre bien-être

Aimer une personne ne signifie pas forcément être heureux avec elle. Il y a parfois des configurations qui font que l’on ne parvient plus à se sentir bien avec notre partenaire et que les moments joyeux laissent de plus-en-plus de place à des confrontations, des crises ou un profond désarroi voire de l’ennui. Lorsque l’on a tout essayé, la seule solution qui reste est parfois de se quitter.

Les raisons d’une telle décision peuvent être multiples : on n’a pas suffisamment entretenu notre couple et la relation amoureuse finit par devenir platonique ; nos rythmes de vie, nos projets ou nos envies diffèrent trop ; l’un des deux partenaires s’émancipe davantage et ne se sent plus en adéquation avec l’autre… C’est ainsi que l’évidence naît : nous ne sommes plus faits pour être ensemble.

Dans un tel cas, on quitte l’autre par respect pour soi-même, parce que l’on réalise que notre relation sentimentale ne nous comble pas. Cet acte prouve que l’on est attentif à nos propres besoins et que l’on est capable de s’écouter et de se mettre au premier plan de sa vie. On est ainsi capable de dire : malgré l’amour que je te porte, je réalise que je ne suis pas épanoui(e) dans le couple que nous formons. Je sens au plus profond de moi qu’il me faut mettre un terme à notre relation afin que chacun d’entre nous se laisse l’opportunité de vivre autre chose.

Beaucoup de couples mettent des années à prendre la décision fatidique, soit par peur de se retrouver seul (même si le quotidien à deux n’est pas toujours facile, on a pris des habitudes avec l’autre qu’il va falloir laisser derrière soi), de se confronter à sa peine (car la plupart du temps celui qui quitte souffre autant que celui qui est quitté), soit par rapport au quotidien et à l’image (la vie familiale, la maison à vendre, le manque de moyens financiers pour l’un des deux qui ne lui permettra pas de rebondir dans de bonnes conditions..).

Mais pourquoi passe-t-on de l’amour à la destruction d’une histoire ?

Nous ne rencontrons jamais les gens par hasard. Chaque personne est mise sur notre chemin afin de nous permettre d’évoluer d’une manière ou d’une autre.

Une relation qui s’essouffle ne signifie jamais un échec, mais plutôt que les deux partenaires se sont apportés ce qu’ils avaient à s’apporter et que leurs chemins doivent désormais prendre des orientations différentes.

Je ne crois pas au fait que l’on puisse se réveiller du jour au lendemain en ayant le sentiment de s’être trompé sur notre partenaire parce qu’il aurait radicalement changé (sauf si l’on est tombé sur un manipulateur, mais c’est une autre histoire). Je crois plutôt au fait que l’autre ait toujours été tel qu’il est et que nous avions certainement besoin d’une personne comme lui à un moment T de notre vie, mais que de par notre propre évolution, les années qui passent ou les expériences vécues, ce qui nous a plu chez l’autre ou dont on pouvait s’accommoder finit par nous devenir pénible.

Je me souviens en écrivant ces lignes d’une de mes consultantes qui m’expliquait souhaiter quitter son mari, très casanier, qu’elle ne supportait plus après 14 ans de mariage. Je lui ai demandé s’il avait toujours été comme ça et sa réponse fut positive. Au fil de la discussion elle a fini par comprendre que son mari lui avait convenu pendant tant d’années parce qu’elle manquait cruellement de confiance en elle et était très jalouse. Ainsi, le fait d’avoir un homme qui sortait très peu la sécurisait. Mais après qu’elle ait travaillé sur elle et perdu cette tendance à la jalousie excessive, avoir son homme en permanence à la maison et sans réel désir de changer le quotidien lui était devenu insupportable. Ce n’est donc pas lui qui a changé, mais elle qui a évolué et pris son envol.

En somme, que l’on quitte l’autre pour lui ou qu’on le fasse pour nous, il y a de toute manière une volonté de prendre son envol et de se permettre de faire naître dans notre vie d’autres moments de joie. C’est donc un geste d’amour pour soi.