Quand la peine nous rend meilleurs

Au-delà d’une émotion négative créée par une situation douloureuse, la peine est un excellent moyen de nous permettre de développer davantage nos qualités humaines et de nous rapprocher de notre coeur.

J’aime régulièrement faire des bilans de ma vie. Pour certaines personnes cela signifie que je me pose trop de questions, mais c’est ma manière à moi de toujours être certaine d’être à ma juste place, fidèle à ce que je veux vraiment, et d’agir conformément à mon âme.

Et dans ce moment d’introspection j’ai repensé à la personne que j’étais il y a ne serait-ce que 10 ans en arrière. J’étais dans ma vingtaine, et avec le recul je remarque surtout à quel point j’étais non seulement en colère, mais aussi terriblement en peine au plus profond de moi.

J’ai toujours attaché une grande importance à la dignité, et à cette époque de ma vie je considérais qu’être digne c’était aussi ne surtout pas montrer ses émotions, et encore moins ses faiblesses. Heureusement, le temps (et surtout mon parcours pour comprendre le déclenchement de mon endométriose) m’a permis de conscientiser toute la beauté de la vulnérabilité, et je suis désormais tout-à-fait à l’aise avec le fait d’exprimer très clairement mes émotions ou mes insécurités.

Cette image que je me faisais de la dignité m’a amenée par le passé à donner une image de moi qui n’était pas exacte : j’apparaissais comme une personne complètement froide et insensible à beaucoup de choses, alors même que cette carapace ne me servait qu’à cacher toute ma sensibilité et mes difficultés à trouver ma place au près des autres, certainement par peur d’être jugée.

 

Je ne vais pas vous l’apprendre, dans notre société il ne faut pas trop demander aux gens qui nous entourent de se mettre à notre place ou de simplement essayer de ne pas s’arrêter à une première impression bien souvent erronée. Bien au contraire, nous sommes jugés en quelques secondes alors autant dire que nous n’avons pas le droit à l’erreur. Jamais.

 

Et c’est la raison pour laquelle bien des personnes étouffent qui elles sont et leurs réelles envies, par peur d’être rejetées. Elles oublient que ce sont souvent des douleurs profondes, des chocs de vie qui les amènent à se comporter d’une certaine manière, et elles préfèrent donc arborer un masque au lieu d’aller au bout de la transformation proposée par leurs émotions.

Tout a changé pour moi lorsque j’ai compris que c’était la peine, qui avait été une fidèle compagne dans ma vie pendant bien longtemps, qui m’avait conduite à mettre systématiquement ou presque un mur entre les autres et moi. Je pensais que mon masque de froideur me protégeait de toute déception humaine et de la mise à nu de mon hypersensibilité, dont je pensais que les autres allaient abuser.

Mais il est évident que le fait de se couper de son coeur ne peut qu’être source de souffrance et que, en même temps que je m’ouvrais à la dimension de l’âme, je ressentais l’envie profonde de m’améliorer et de m’ouvrir à la joie.

Je comprenais en fait que quel que soit mon parcours,  j’avais aussi la possibilité d’utiliser cette peine pour devenir une meilleure personne, encore plus sensible à l’autre, respectueuse de ses émotions et de ses propres vulnérabilités, et cherchant systématiquement à aller au-delà des apparences.

 

Si je vous parle de cette expérience, c’est pour vous interpeler sur une tendance à mon sens bien trop répandue, et qui nous empêche de pleinement vivre et de dépasser nos propres blessures : celle de laisser nos expériences douloureuses, nos peines, déterminer notre future capacité au bonheur.

 

Apprendre et devenir plus fort

Parce que vous avez beaucoup souffert sentimentalement, que peut-être vous avez été trompé(e) ou abusé(e), vous vous empêchez de pleinement aimer par peur de souffrir encore.

Parce qu’on a trahi votre confiance par le passé, vous vous empêchez de créer des relations trop profondes avec les gens qui vous entourent, pensant ainsi vous protéger.

Parce que vos parents vous ont mal aimé(e), vous vous privez des plaisirs de la vie, comme si vous deviez garder l’austérité comme compagne pour le reste de votre existence.

Il y a des tonnes de possibilités et peut-être que celles que j’énonce résonnent en vous et, si c’est le cas, je n’ai qu’une seule question à vous poser : mais sinon, vous vivez quand ?

 

Pour moi, la peine est un peu comme l’échec : soit elle nous cloue sur place et nous empêche de vivre pour le reste de notre vie, soit elle devient une réelle possibilité de rebond et nous pousse à doublement souhaiter croquer la vie à pleines dents, et à devenir ainsi une meilleure personne.

 

Une meilleure personne parce que lorsque l’on connaît vraiment la douleur, on devient capable d’apprécier à sa juste valeur tout ce qu’il y a de beau dans la vie, et l’on peut développer une réelle intelligence émotionnelle qui nous permet de savoir accueillir l’autre et encore mieux le respecter ou l’aimer.

Une meilleure personne parce que l’on sort d’un schéma autocentré de rumination de nos propres douleurs, pour accepter de sortir du rôle de victime et décider de vivre sa vie autrement. C’est comme prendre une revanche en souhaitant clamer ce dont on a manqué à un moment de notre existence.

Une meilleure personne parce qu’on connaît le réel prix à payer du bonheur et qu’on est donc prêts à faire les efforts qu’il faudra pour nous construire une vie à notre hauteur.

Alors peut-être qu’à chaque expérience douloureuse vous pouvez simplement vous demander comment vous pouvez vous en servir pour devenir une meilleure personne. Et je ne parle pas par rapport aux autres, mais par rapport à vous d’abord ! Si on vous a fait de la peine en moquant votre physique, comment pouvez-vous honorer votre corps et agir pour vous y sentir bien ?

Si on a brisé votre coeur, comment pouvez-vous vous aimer mieux pour ne plus jamais attirer une personne qui chercherait à éteindre votre lumière intérieure ?

Et ce raisonnement s’applique pour toutes les douleurs, afin de rechercher comment vous pouvez ressortir de tout ceci grandi, plus fort et plus aimant envers vous-même, au lieu de laisser des personnes ou des circonstances gâcher tout le reste de votre existence.

Vous valez mieux que ça, et votre vie est plus précieuse que cela. Prenez soin de vous.