Pourquoi et comment pardonner

Pourquoi et comment pardonner

Donner son pardon permet de se dégager émotionnellement de situations difficiles. On ne pardonne pas pour l’autre, mais pour soi. Cela ne signifie pas oublier, mais ne pas nourrir davantage notre propre souffrance.


Lorsqu’une offense nous est faite, une émotion se manifeste en nous. Bien souvent elle est associée à une blessure que nous portons et qui, tant qu’elle n’est pas guérie, percevra toute injure qui lui est liée comme un grain de sel se déposant sur une plaie béante.

Alors dans la colère et la rancœur, nous ressassons cet épisode douloureux. Nous nous saisissons pleinement au présent, d’une charge émotionnelle attachée à une situation passée depuis plusieurs jours, semaines ou années.

Nous ré-actualisons encore et encore cette douleur en nourrissant nos émotions. Parfois même, nous aggravons le problème en parlant autour de nous de ladite situation conflictuelle. Nous permettons alors à d’autres personnes de s’investir émotionnellement avec nous et nous créons un monstre d’émotions qui tournoie dans notre quotidien.

Pourtant, nous devrions avoir l’humilité de nous référer aux nombreux enseignements des personnes éveillées qui nous ont précédé. Je choisirais la parabole du Bouddha Sakyamuni pour illustrer l’importance du pardon.

La distanciation émotionnelle

De nombreux ouvrages racontent l’histoire du Bouddha Sakyamuni se faisant insulter par un homme. Nous avons choisi la version traduite par Jean Eracle.

Un homme avait entendu dire que le Bouddha gardait toujours un grand amour et une grande bienveillance et que si quelqu’un lui faisait du mal, il répondrait par la bonté.

Pour cette raison il se mit à injurier le Bouddha, mais celui-ci garda son calme et ne montra aucun désagrément. Quand les insultes s’arrêtèrent, le Bouddha dit : « Mon fils, si tu fais un cadeau à un homme et que cet homme ne le reçoit pas, que vas-tu faire de ce cadeau ? » L’homme répondit : « Le remporter ! »

« Maintenant mon fils, tu m’adresses des injures. De la même manière, je ne les reçois pas. Mon fils tu peux toi-même les remporter. Le désagrément sera pour toi ! Comme l’écho suit la voix, comme l’ombre court après le corps, ainsi l’on ne peut échapper au fruit de ses propres actes. »

Et en ces temps de passions exacerbées, la lecture de cette parabole vient refléter en nous, les résistances et croyances liées à la dualité, que nous portons toujours. Si le Bouddha Sakyamuni a su répondre à l’offense par le pardon, nous ne saurions prétendre détenir la même sagesse, mais nous pouvons nous engager à nous souvenir de cette histoire, lorsque l’offense viendra éprouver notre cœur.

Nous avons le choix de ce que nous choisissons de prendre de l’autre, ou pas. Cela s’applique aussi pour les mots et souffrances qui nous sont infligés.

Avoir connaissance de cette sagesse ne signifie pas en détenir l’essence et l’avoir intégrée. C’est pourquoi, les lectures qui nous enseignent que pareille bonté dort dans le cœur des hommes, devraient nous inciter à la réveiller. Ainsi, c’est en expérimentant cette bonté en nous, que nous intégrerons cette sagesse.

Pardon et loi karmique

D’une manière très liée, le Bouddha nous enseigne un des fondements de la loi du Karma, à travers cette parabole :

Le bouddha dit :

« Le méchant qui fait du tort à un sage est comparable à un homme qui crache vers le ciel : le crachat ne souille pas le ciel, mais le corps de cet homme.

Il est encore comparable à celui qui projette de la poussière contre quelqu’un dans le sens opposé du vent : la poussière ne salit pas l’adversaire, mais celui qui la lance. Le sage ne pouvant pas être ébranlé par l’action du mauvais, c’est à soi-même que nécessairement on fait du tort. »

Retenons que si vous produisez de la poussière parce que vous n’arrivez pas à pardonner, ce n’est pas l’autre que vous éclaboussez, mais vous-même. Si vous répondez à l’offense par une offense, vous continuez à produire un karma négatif. Mais lorsque l’on ouvre la porte du pardon, alors la loi karmique est toute autre.

Vouloir se faire justice à soi-même en répondant à la personne qui vous blesse, par la même pratique offensive, ne permettra pas à la situation d’évoluer ni à la charge émotionnelle de se dissoudre. Bien au contraire, toute action menée avec l’intention de nuire est préjudiciable pour la personne qui en est l’auteure, avant d’atteindre celle qui est visée.

Pourquoi pardonner nous aide à avancer ?

Pardonner revient à lâcher le charbon ardent de la colère et de la rancœur, que nous tenons au creux de nos mains. C’est nous qu’il brûle et personne d’autre. Nous sommes la première victime de l’absence de pardon.

Si nous ne le faisons pas comme le Bouddha, par grande bonté, pardonnons au moins pour nous-même, pour nous apaiser et nous autoriser à avancer.

Nous pouvons voir la colère et la rancœur comme un gros boulet que nous avons créé en réaction à une situation qui est venue révéler une de nos blessures. Ce boulet est attaché à nous et nous freine pour porter un regard neuf sur la situation. Les émotions que nous produisons nous éclaboussent en premier.

Ces paraboles bouddhistes viennent nous apprendre que :

  • Nous sommes libres de choisir notre réaction face à une situation donnée
  • Lorsque quelqu’un nous blesse, nous pouvons y voir l’occasion de guérir notre blessure
  • Pardonner est un choix que nous pouvons faire à chaque instant
  • Il nous est possible de porter un regard neuf sur une situation dès que nous le décidons
  • La colère et la rancœur sont des afflictions de l’esprit dont nous sommes la première victime
  • Pardonner et accepter sont deux choses différentes: vous pouvez pardonner quelqu’un pour son offense, sans pour autant accepter de garder cette personne dans votre vie

Choisissez une personne que vous n’arrivez pas à pardonner parce que vous vous confortez dans le rôle de victime. Changez le regard que vous portez sur la situation en comprenant que cette personne est venue vous montrer une de vos blessures, que sans elle, vous n’auriez pu découvrir cette partie de vous en peine, que vous n’auriez pas eu l’occasion d’expérimenter le pardon. En assouplissant votre cœur, vous pouvez changer de point de vue.

Essayez alors de remercier intérieurement cette personne pour le cadeau qu’elle est venue vous faire, celui de vous connaître vous-même un peu mieux. Remerciez-la de vous donner l’occasion de faire l’expérience du pardon, ce sentiment si doux de libération de votre cœur, qui se nourrit de bonté et d’amour.

Et comprenez alors que cette situation peut être le résultat d’un contrat d’âmes passé entre votre âme et la sienne. Cette personne n’a fait qu’accomplir son rôle, celui de pointer du doigt votre blessure.

Le jeu qui se déroule dans la matière n’est qu’une pièce de théâtre savamment organisée pour que vous puissiez expérimenter un certain nombre de situations. Sortez quelques instants de ce rôle, vous comprendrez alors que les personnes qui viennent vous offenser, le font le plus souvent avec l’accord de votre âme. Pardonnez puis passez à autre chose, changez d’histoire et de schéma de fonctionnement. Sortez cette personne de votre vie si vous pensez que votre vécu commun n’a pas besoin d’être approfondi, mais avant tout, pardonnez.

N’oubliez pas que nous sommes tous liés les uns aux autres, que nous formons un Tout indivisible et que les guerres d’égo ne sont que le fruit de la dualité du monde phénoménal. Alors prenez du recul et pardonnez, non pour les autres, mais pour vous-même, pour votre paix intérieure et votre sérénité.

  • Sahra L.