Oser décevoir

Oser décevoir

Il est nécessaire d’accepter de décevoir les autres pour vivre en accord avec soi. Qu’il s’agisse de la famille, du partenaire amoureux ou de relations professionnelles, savoir refuser de combler toutes les attentes de nos proches permet de commencer à réellement vivre sa propre vie.


Après plus de dix années passées à côtoyer l’Humain de près, à entendre toutes sortes d’histoires, de parcours et à accueillir différentes blessures, j’ai pu remarquer que l’une des entraves majeures nuisant au bien-être de certaines personnes est la difficulté, pour ne pas dire l’incapacité, à totalement s’individualiser.

S’individualiser c’est se réaliser soi, en acceptant que cette réalisation puisse passer par le fait de décevoir les attentes des autres, qu’ils soient parents, amis, relations professionnelles ou amours.

C’est intégrer qu’au bout du compte, et à la fin de ce parcours qu’est la vie, tout ce qui restera c’est soi, face à soi-même et à l’existence vécue, seuls à devoir assumer les remords, les hontes, les insatisfactions qu’il ne sera plus temps de regretter.

Les personnes mises sur notre chemin de vie ont pour but de nous accompagner dans notre autonomisation, dans la révélation des ressources intérieures qui sont les nôtres afin que nous devenions toujours plus aptes à nous affirmer dans ce que nous sommes, désirons, attendons de la vie. Elles sont des miroirs, des projecteurs et des révélateurs qui doivent nous permettre de devenir un peu plus qui nous sommes vraiment, de tailler dans la roche de notre personnalité pour en laisser apparaître au grand jour l’essence, l’authenticité. En nous renvoyant ce que nous ne voulons pas voir, elles nous permettent de prendre conscience d’attitudes qui ne nous servent pas.

Ainsi, notre but n’est pas de satisfaire ces personnes, quelle que soit l’intensité de l’amour que nous leur portons, mais de tirer des enseignements de ce qu’elles nous renvoient afin de pouvoir nous améliorer et donc en finalité, être plus heureux et épanoui dans le lien que nous entretenons avec nous-même.

Peur de ne pas être à la hauteur

Le vrai problème de la difficulté à exister pour soi, et donc à oser décevoir les autres, est que l’on craint de ne pas être à la hauteur de leurs attentes, de leur faire du mal, et donc en finalité d’être moins aimé, rejeté.

Certains jeunes adultes ont peur de décevoir leurs parents en choisissant une voie professionnelle qui irait à l’encontre des aspirations familiales (par exemple une famille dans laquelle la profession libérale est considérée comme la voie sacrée alors que l’enfant est plus attiré par l’art) ; d’autres personnes souhaiteront changer d’emploi mais ne le feront pas parce qu’elles auront le sentiment d’avoir une “dette” face à leur patron qui leur aura donné leur chance quand personne d’autre ne croyait en elles ; parfois cela se manifeste aussi par une habitude à céder face aux demandes de certains de nos proches, à sans cesse trouver des solutions pour eux quitte à se sacrifier que ce soit sous un angle émotionnel, matériel ou professionnel.

Dans tous les cas, cela crée à la longue un profond sentiment de malaise, une amertume et une blessure d’injustice car le sacrifice n’apporte rien d’autre que le déséquilibre.

En refusant de dire ce que l’on pense vraiment, quitte à ne pas répondre favorablement aux attentes des autres, on s’éloigne un peu plus de sa propre vérité, de ses besoins, de son âme. Et on souffre.

Peur du jugement

Souvent, on s’empêche de dire ou de faire ce que l’on pense être profondément juste pour soi par peur de la manière dont cela va être interprété par nos proches et de devoir se justifier, voire s’isoler pour pouvoir vivre ce qui nous tient vraiment à coeur.

Pourtant, pour qui vit-on ? Certes, vos proches vous soutiennent peut-être, mais en finalité qui d’autre vit votre propre vie ? Qui gère vos émotions ? Qui pleure ou tremble avec vous ? Qui fait face à vos difficultés les plus profondes ? Personne d’autre que vous. Donc seul votre avis, vos besoins comptent.

Cela ne signifie pas faire intentionnellement du mal aux autres, les tromper, leur mentir ou les nourrir de faux espoirs. C’est au contraire les renvoyer face à une réalité implacable, celle qui dit qu’aimer vraiment une personne, c’est vouloir ce qui est le mieux pour elle, et non pour soi. Et c’est lui laisser l’espace nécessaire pour qu’elle vive sa propre vie.

Responsabiliser les autres

Accepter de ne pas répondre aux attentes de nos proches lorsqu’elles entrent en contradiction avec soi, c’est aussi selon les cas permettre aux autres de se responsabiliser et de s’assumer seuls, donc leur donner l’opportunité de mobiliser eux-mêmes certaines ressources, de s’autonomiser et d’apprendre à ne pas attendre qu’on comble tous leurs besoins.

Cela m’est arrivé récemment, où pour certaines raisons j’ai dû prendre une décision relative à mon entreprise en ne pensant qu’à moi pour anticiper une situation qui aurait pu être délicate, en arrêtant face à l’un de mes partenaires de toujours couper la poire en deux, négocier pour avoir la paix, en oubliant mes propres besoins et ce que je pense vraiment. J’ai choisi d’écouter la voix de mon âme, en restant juste mais en me protégeant d’abord, car la réalité est que l’on se fait souvent beaucoup plus de soucis pour les autres et leurs difficultés, qu’ils ne s’en font pour nous. J’ai déçu cette personne certainement, je lui ai même peut-être donné le sentiment d’être égoïste dans cette décision, mais cela ne me touche pas car je sais que ce que je fais est la bonne chose, la voie de l’équilibre, et que cela lui servira aussi si elle se remet en question face à certaines choses. Et si ce n’est pas le cas, dans tous les cas je serai restée fidèle à moi-même.

Et je crois qu’au fond, la question à se poser est là : est-ce que ce que je fais me semble juste ? Est-ce que je suis en paix avec ce que je décide ? Est-ce qu’en accédant aux désirs des autres, je n’ai pas le sentiment de me renier et de faire quelque chose qui au fond me semble injuste ?

Observer sa vision du sacrifice

Vous êtes-vous déjà demandé ce que vous gagniez à vous sacrifier ? Parce qu’il y a forcément une part de vous qui trouve un bénéfice dans le fait de s’oublier, de donner satisfaction aux autres, et donc de refuser de les décevoir à un certain niveau lorsque cela est nécessaire pour votre bien-être.

Avez-vous le sentiment d’être plus aimé, ou au final d’être utilisé ? Peut-être que cela vous donne le sentiment d’être utile, mais dans ce cas n’êtes-vous pas en train d’entretenir cette blessure qui vous fait penser que vous ne valez rien sans que cette reconnaissance ne vous soit apportée par les autres ?

Il serait vraiment intéressant que vous posiez par écrit les choses que vous vous interdisez de faire par peur de décevoir les autres à un niveau ou à un autre, et que vous vous demandiez clairement ce que cela vous apporte. Vous verrez que bien souvent, cette attitude vient en fait révéler une blessure sur laquelle il est temps que vous travailliez car la réalité est que ce ne sont pas les autres ou les circonstances qui vous empêchent de vivre votre vie, mais vous-même.

Vous risquez de devoir affronter des conflits, de lire la déception dans les yeux des autres, de vous retrouver face à vous-même. Mais en acceptant de ne pas vous comporter comme ils l’attendent mais comme vous le voulez vraiment (tout en faisant les choses dans l’honnêteté et le respect des autres je le précise bien), ce que vous allez gagner, c’est vous.

Un vous plus serein, qui se sentira dans la justesse, qui pourra se regarder en face chaque matin parce qu’il aura ce sentiment profond de faire la bonne chose, d’être dans un alignement profond avec lui-même, et d’inspirer d’autres personnes à en faire autant. Un vous authentique. Et quand on vibre l’authenticité, la vie sait toujours nous récompenser d’une multitude de manières.