Faut-il tout dire ?

Faut-il tout dire ?

L’amour n’implique pas de tout dire. Savoir conserver une attitude neutre et accepter de taire ce que nous considérons comme étant la vérité permet à nos proches de réaliser plus facilement leurs propres apprentissages.


Nous avons tous et toutes une vision différente des choses, relative à la manière dont nous avons été élevés, à nos expériences et à nos références culturelles.

J’aime à dire que nous évoluons dans des réalités différentes et qu’ainsi, ce qui peut nous sembler juste, normal ou bien-fondé peut au contraire sembler être faux, anormal ou inapproprié à d’autres. La raison ? Nos référentiels sont différents et peuvent s’entrechoquer.

Dans ces réalités différentes, nous pouvons avoir la sensation de détenir la vérité. Mais cette vérité n’en est une que parce qu’elle correspond à nos propres valeurs, notre vision des choses et l’opinion que nous avons forgée selon les événements que nous avons été amenés à traverser.

Mais tout étant nuances de gris, ce que nous considérons comme étant la « bonne façon » peut l’être au regard de notre vie et de notre perception des événements qui y émergent, mais pas nécessairement pour les personnes qui nous entourent.

Or, notre envie de bien faire, de protéger, de faire ouvrir les yeux aux gens que nous aimons, peut nous amener à tenter, toujours avec bienveillance mais parfois dans la force, de les rapprocher de notre vision des choses. Situation qui, selon la personne que vous avez en face de vous et sa propre capacité à prendre du recul, peut vous mettre dans une position délicate, voire vous désigner comme coupable d’intentions néfastes.

L’apprentissage de l’âme

Nos âmes sont différentes, leurs parcours le sont tout autant. Toutes doivent parvenir à sortir de la dualité, à se positionner non pas par rapport aux attentes des autres, mais dans l’autonomie et l’indépendance.

Pour parvenir à ce résultat, certaines âmes vont choisir de se confronter à des situations plus-où-moins délicates, dans le but de pousser la personnalité à prendre conscience. Mais prendre conscience signifie accepter que le schéma suivi jusqu’alors ne soit pas le bon. Accepter de s’être trompé et donc, faire différemment.

Beaucoup de personnes sont tétanisées par la peur de l’échec au sens large. Elles prennent la notion d’erreur comme une atteinte à ce qu’elles sont, alors que ce ne sont pas ces dernières qui nous définissent, mais plutôt la manière dont nous allons choisir de rebondir, les ressources mobilisées pour faire mieux par la suite et éviter de revivre les mêmes choses. Comment est-ce que je tire leçon de mes erreurs ?

Et pour se préserver soi, et dans le même temps préserver la relation que l’on entretient avec un autre, il faut parfois se résoudre à ne rien dire, à adopter une position de neutralité face à la vie de nos proches, et les laisser ainsi réaliser leurs propres apprentissages, même si pour cela ils doivent échouer et foncer dans le mur.

Parce que c’est peut-être ce mur qui les amènera, à un moment ou à un autre, à comprendre que leur fonctionnement ne leur permet pas de semer de l’harmonie dans leur vie ou d’entretenir des relations saines et épanouissantes avec les autres, qu’il s’agisse de leurs relations personnelles ou professionnelles.

C’est en fait se repositionner du point de vue de l’âme : je t’aime en tant que personne, mais j’accepte que là où tu en es de ton évolution, tu ne sois peut-être pas prêt à voir les choses sous un autre angle, à te positionner différemment. J’ai donc confiance en ton âme et je la laisse te mener là où elle le souhaite pour que tu apprennes ta leçon, même si cela signifie te voir souffrir, subir des frustrations ou être utilisé par d’autres personnes. C’est ton chemin, ton karma, pas les miens.

Adopter la transparence

Cela peut paraître égoïste au premier abord, mais cela s’appelle en fait apprendre à se préserver par une attitude neutre. Se protéger de situations polluantes que nous n’avons pas à porter, ni à subir. Rendre à l’autre ce qui lui appartient et la responsabilité de son propre bien-être, même si pour cela il doit s’engluer dans des situations désagréables ou subir divers abus.

Nous avons tendance à penser qu’aimer, c’est tenter à tout prix que l’objet de notre amour suive le bon chemin, et lui suggérer comment emprunter cette voie. Mais au fond, aimer ne serait-il pas plutôt laisser à l’autre la liberté d’agir comme il le souhaite, de faire certaines erreurs pour qu’il gagne en autonomie ?

C’est un peu comme le rôle de parent. Nous sommes là pour amener les âmes qui nous ont été confiées en tant qu’enfants, vers l’autonomie. Les armer d’amour et de valeurs pour qu’elles puissent ensuite vivre leur vie dans l’indépendance et la conscience. Mais pour cela, il est nécessaire de savoir par moments sortir de l’affectif, pour prendre un recul nécessaire à leur propre émancipation.

Cesser de ne les voir que comme des êtres fragiles, pour les observer sous l’angle de l’individu, celui-ci ayant son propre caractère, ses propres travers, son propre parcours et ses apprentissages à faire qui, si nous tentons de l’empêcher de réaliser, l’amèneront à des épreuves bien plus grandes par la suite.

Et cette notion d’individu est en fait la clé : quel que soit le lien qui nous unisse à une personne ou l’amour que nous lui portons, elle est avant tout un être indépendant avec lequel nous intéragissons uniquement pour lui permettre de travailler sur un aspect particulier de sa mission d’âme. La vie est en fait un immense jeu de rôles et nous pouvons remarquer après coup que, même lorsque nous avons été blessé par une personne, cette épreuve émotionnelle nous a poussé à mobiliser certaines ressources intérieures dont, peut-être, nous n’avions pas connaissance.

Et ce que certaines appellent le changement, je l’appelle l’évolution et l’émancipation. C’est un perpétuel mouvement de la vie qui nous aguerrit.

Donc laissons aux autres la liberté de vivre leur vie de la manière qui leur convient, en fonction de leur propre niveau d’évolution et de compréhension de leur existence. Laissons-les parfois tomber, car c’est la chute qui permet de se relever, de grandir.

Quand on s’abstient de dire avec les mots, au final on dit avec l’amour : j’ai confiance en toi.